100 grammes
La dépression et les anti-dépresseurs

Fluoxétine, paroxétine, venlafaxine. Depuis août 2002, début de ma dépression nerveuse, j’ai avalé plus de 100 grammes d’anti-dépresseurs. C’est le triste constat auquel je suis arrivé, ces derniers temps.
Tout avait commencé par des troubles affectifs importants durant une période de surménage professionnel et en l’absence de toute forme de soupape de sécurité. Si tout cela est de l’histoire ancienne, et ce, depuis plusieurs années déjà, la maladie, elle, persiste.
La fille est oubliée, le boulot parti, ce blog ouvert. Je suis tout de même resté irritable, d’humeur changeante et, surtout, profondément déprimé, triste, malgré certaines apparences. Ajoutez à cela une procrastination indomptable que, malgré de réels efforts, je n’arrive pas à faire partir. Certes, il y a des phases d’accalmie qui m’ont permis d’avancer un peu dans la vie, autant sur le plan personnel que professionnel, mais en moyenne, et ce malgré divers projets en cours, ce n’est pas la grande joie.
Attention !
Ne sous-estimez pas le pouvoir déprimant d’un dépressif. En effet, face à un apparent échec de vos efforts, la déprime pourrait vous gagner. Si vous sentez que la situation vous dépasse, n’hésitez pas à le dire au malade que vous n’êtes pas là pour mener à bien une quelconque thérapie avec vous, car vous n’êtes pas formé pour. Renvoyez-le sur des personnes compétentes, tel son médecin traitant, notamment, qui lui prescrira éventuellement un traitement, ou bien le dirigera vers un psychologue ou un psychiatre. Le rôle de l’entourage n’est pas de le guérir, mais celui de le soutenir. Si le soutien est indispensable à la guérison, les proches n’ont aucun rôle médical à jouer. Aussi, ne vous improvisez ni infirmière, ni médecin.
N’essayez pas de remonter le moral à un dépressif, vous n’y arriverez pas. Ce n’est pas moi qui le dis, même si j’y adhère totalement. Ce sont les psychologues et les psychiatres, les spécialistes de cette maladie qui le disent. L’écoute, l’accompagnement, la présence et surtout l’intérêt pour les rares projets qu’un dépressif peut avoir sont en revanche de bons moyens de l’aider.
Mon projet à moi, c’est de lancer une société dans le web. Les principaux centres d’intérêt de la société seraient les blogs, d’une part, et les jeux vidéo, d’autre part. Ces centres d’intérêt correspondent à mes propres intérêts, ainsi qu’à mes compétences. Par ailleurs, une préalable étude de marché effectuée dans ces domaines montre que les produits et services que la société proposeraient correspondent au marché et peuvent permettre à la société de prospérer. Certes, il y a encore du travail préparatoire avant le lancement, mais ce projet a l’air tout à fait crédible et réalisable.
Il y a tout de même un hic : ma dépression nerveuse. Si les médecins qui me suivent m’informent qu’il n’y a aucune contre-indication médicale liée à la dépression à créer une société, il m’indique en même temps qu’un travail nerveusement éprouvant et stressant comme cette tâche n’est pas indiqué pour un dépressif.
En somme, je devrais m’orienter vers un travail tranquille, sans stress, du moins dans un premier temps. Bref, un travail salarial de préférence. Or, ça, je ne sais le faire.
Je suis perfectionniste (l’un de mes passe-temps consiste à corriger les coquilles dans la Wikipédia, c’est vous dire !) Certes, cela peut être considéré comme une qualité, un perfectionniste allant jusqu’au bout des choses, ne se contentant pas juste de quelque chose de vaguement suffisant, mais exigeant toujours, de lui-même du moins, une qualité finale irréprochable. Cependant, le perfectionnisme peut aussi être vu comme un défaut. Il passe un temps considérable à réaliser les tâches qui lui sont confiées, ce qui a une tendance à rallonger la durée de ses journées de travail, impliquant tôt ou tard une certaine fatigue. Par ailleurs, la perfection étant impossible à atteindre, le perfectionniste est un insatisfait chronique. Fatigue et constat d’échec ont alors tendance à favoriser la procrastination, à savoir une irrépressible et pathologique tendance à remettre les choses au lendemain.
Autre défaut qui me caractérise : me voulant juste et foncièrement honnête, j’ai l’horreur de l’injustice. Nous commettons tous des erreurs. Or, si j’assume généralement les miennes, j’ai horreur de subire celle des autres. En tant que salarié, je subirai inévitablement les erreurs de mes responsables. Et ça, je le vis très mal. La dernière fois que j’ai intégré une équipe à un poste salarié, impuissant face aux erreurs systématiques et irréfléchies de mes responsables (mon responsable direct refusant d’assumer ses responsabilités, a finalement préféré quitter l’entreprise, son supérieur étant quant à lui tout simplement bête et particulièrement incompétent, il est depuis des années placardisé, à défaut d’être licencié pour incompétence, le bonhomme étant l’un des co-fondateurs de la société), je me suis résigné à servir de fusible, quittant l’entreprise qui m’avait employée avant de perdre toute ma raison. En effet, durant les deux mois et demi de travail dans cette société, et pour pouvoir trouver la force de me lever le matin pour entrer dans la dimension parallèle où semblait avoir élu domicile cette équipe, je m’étais résigné à doubler ma dose d’anti-dépresseurs…
Plus récemment, sous la forme d’un stage, il ne m’a pas fallu deux jours pour me rendre compte l’inutilité la plus totale de mon travail. Mon employeur s’était mis en tête de conquérir le web en mettant en place une équipe de recherche et développement à base de stagiaires sous-payés (ou, comme moi, non rémunérés) dans le but de créer une technologie révolutionnaire pour l’employer à réaliser une forme de splogs monétisés par la publicité. Difficile, là encore, de trouver la motivation de quitter la couette pour contribuer à faire ce que l’on considère avec le plus grand mépris et horreur…
Bref, j’en suis arrivé à la conclusion que je ne trouverai pas d’emploi salarié qui me serait fait sur mesure. Par ailleurs, souhaitant disposer d’une grande liberté de décision et d’assumer pleinement mes réussites et échecs, je me suis donc tout naturellement tourné vers la création d’entreprise, domaine que je connais bien pour avoir déjà crée et dirigé une entreprise dans le passé.
Mais voilà le souci : côté santé, c’est pas la joie. Alors que mon état s’était sensiblement stabilisé l’année dernière, la baisse progressive des doses d’anti-dépresseurs semble avoir été trop hâtive, malgré un suivi médical très correct, me plongeant de nouveau dans la déprime et la procrastination. Difficile de trouver la motivation d’avancer, quand, plein de doutes, on sent le corps médical peu encourageant et sa propre santé défaillir…
Bref, quatre ans et demi, 100 grammes d’anti-dépresseurs et toujours pas la vue du bout du tunnel…
Notez qu’initialement, je voulais rédiger un tout autre article, mais force étant de constater que ce blog est loin d’être anonyme, je préfère limiter mes commentaires sur mon entourage et par conséquent recentrer ce que j’ai à dire sur ma propre personne, au lieu d’impliquer publiquement des personnes qui n’ont rien demandé, préférant sans doute rester anonymes.
Credits photo : ralphy
Réactions des lecteurs
Aucune réaction, soyez le premier à réagir ! pour l'article 100 grammes.
M. a écrit le 11 janvier 2007 à 9:42 :
Je ne peux pas dire grand chose si ce n’est : courage !
La création d’entreprise c’est épuisant mais aussi extraordinairement gratifiant, et vu l’énergie et la créativité que tu mets dans ton/tes blogs, je ne doute pas que ça donnera quelque chose.
M.
Larouquine a écrit le 11 janvier 2007 à 10:20 :
Je te souhaite juste bon courage. Et pour vaincre la maladie, et pour (re) créer une société!
Bisous
Alexandre a écrit le 11 janvier 2007 à 10:49 :
Ah bha tout pareil que les autres.
Ceci dit avec mes amis proches qui aime bien se plaindre de leur situation sans rien faire pour en changer je suis plutot partisan de la technique du « coup de pied au cul » qui consiste à les mettre devant le fait accompli et à leur faire se bouger les fesses.
Ca marche avec eux mais ils ne sont pas depressifs donc je ne peux pas trop t’aider sur ce coup.
Cristophe a écrit le 11 janvier 2007 à 13:13 :
Remettre au lendemain la création de ta société est peut-être plus néfaste finalement que le stress que te procurera ta société.
Hélène a écrit le 11 janvier 2007 à 13:30 :
Moi aussi je te souhaite bcp de courage et j espere que ca ira de mieux en mieux.
Bisous
Grand Brun Ténébreux a écrit le 11 janvier 2007 à 15:45 :
Je ne vais qu’un peu répéter ce que les autres disent (courage) mais on est là en soutien !
Pour avoir goûter aux effets secondaires des anti-dépresseurs, je tremble devant la quantité de cette consommation (mm si je ne remet pas en doute ton médecin)…
twingocerise a écrit le 11 janvier 2007 à 17:24 :
si éventuellement tu veux que je te donne un coup de main sur une partie… pas de soucis… ça fait plus de 7 ans que je fais du dev web…
Sinon courage. La vie n’est belle que si on a envie qu’elle le soit alors Fait toi plaisir et envoie bouler les gens et les choses qui te font chier ça te fera du bien !
twingo.
Elfe a écrit le 12 janvier 2007 à 0:32 :
je repeterais la meme chose que les autres… D’avoir du courage… Qu’il y a plein de monde qui sont avec toi.. Et… Et.. je te fais un gros « hugs »….:P
ralphy a écrit le 12 janvier 2007 à 5:24 :
Merci à tous pour votre soutien.
Marie a écrit le 12 janvier 2007 à 12:44 :
Puisqu’on ne peut te remonter le moral alors je t’accompagnerais juste sur le chemin de la lecture de ce blog et des billets que tu y publies.
Marjorie a écrit le 12 janvier 2007 à 17:27 :
moi à ta place, je prendrais le taureau par les cornes et je penserais différement :
1- ce n’est pas ta santé défaillante qui risque de te faire mal faire ton boulot et planter ta boite
2- bien au contraire, c’set peut-etre meme ca qui va t’aider à t’en sortir en te donnant une motivation du tonnerre
3- accepte tes faiblesses et tu n ‘en seras que grandi
4- meme si tu te plantes, au moins tu auras essayé, alors FONCE!
Bises Ralphy, et débarasse-toi des médocs, je te jure, tu n’en as plus besoin si tu retrouves des centres d’interets valables dans la vie!
Sneurfine a écrit le 12 janvier 2007 à 19:33 :
Alors certes je n’ai aucun conseil à te donner puisque je ne connais pas bien cela. En effet je ne déprime pas (heureusement parce qu’a 17 ans ca serait emmerdant). Tout ce que je te souhaite c’est que 2007 ( bof on peu encore souhaiter la bonne année hein) te soit favorable dans ta carrière professionnel, sentimentale et surtout, la santé. Car la santé c’est primordiale. Ainsi j’espère qu’un jour tu trouveras le bout du tunnel et que tu t’en sortiras. Ne baisse pas les bras. Que 2007 soit ton année =D
Grand Brun Ténébreux a écrit le 13 janvier 2007 à 12:34 :
Sneurfine > il n’y a pas vraiment de rapport avec l’age, je connais une personne de ton age qui est en dépression…
Sneurfine a écrit le 13 janvier 2007 à 12:37 :
Gbt > oui, je sais qu’on peut déprimer à tout âge mais c’est comme je le disais, emmerdant de déprimée aussi tôt( et je lui souhaite beaucoup de courage )Et je suis bien consciente du fait que j’ai la chance d’avoir une adolescence plutôt réussite pour l’instant.
Bricabrac a écrit le 13 janvier 2007 à 13:29 :
Je ne suis compétente ni en psy, ni en management, mais la dépression ne m’est pas étrangère. Alors, avec ces béquilles que sont les antidépresseurs, lancer une société, puisque c’est cela qui semble te tenter le plus, est la meilleure option.
Le stress peut aussi fonctionner comme un dopant quand tu es dans une activité qui t’équilibre et qui te botte.
Mes deux centimes
BàB
Réagir à cet article
Tchat
Discutez en direct sur ce tchat gratuit où vous pouvez vous exprimer à loisirs, dans un français correct, dans le respect des autres et des lois en vigueur.
