Effets secondaires
Tous les médicaments ont leur lot d’effets indésirables, mais certains d’entre eux ont des effets particulièrement troublants. Heureusement, il leur arrive aussi de soigner les gens…
Vous le savez si vous suivez ce blog depuis le début (soit bientôt… cinq ans et plus de mille cinq cents articles en ligne), l’origine de ce blog vient d’une dépression nerveuse. Très (trop) longtemps, j’ai été soigné avec des antidépresseurs sous-dosés, à savoir aux doses non destinées à soigner la dépression, mais une anxieté légère, comme me l’ont confirmé deux psychiatres différents, mais qu’ignorent manifestement les médecins généralistes. Du coup, ou sans rapport, je l’ignore, et d’ailleurs peu importe, les épisodes dépressifs ont perduré, et malgré des moments plus cléments, je souffrais toujours d’une procrastination irrépressible consistant à remettre au lendemain des tâches pourtant essentielles à la sociabilité naturelle d’un être humain « normal ».
Repousser certaines tâches au lendemain ou bloquer dessus toute la journée. Voilà à quoi j’étais réduit. Cocher des croix sur un formulaire, dater, signer, mettre dans une enveloppe, aller poster. Pour l’un des documents où je faisais un blocage systématique, il m’aura fallu six mois pour le faire. Or, un être humain normalement constitué s’en sort entre quinze et trente minutes. Dans mon cas, c’était des « tout à l’heure », « demain », en boucle. Et si je me forçais à ne rien commencer d’autre, c’était une journée à prendre le stylo, le poser, cocher, faire une autre tâche, y revenir, reprendre le stylo, cocher la case, faire autre chose, revenir, et enfin repousser à plus tard. Bref, si les antidépresseurs ont réussi à me sortir du lit (j’avais déjà connu une période de zombie), à m’aider à concrétiser certains projets, j’éprouvais régulièrement d’énormes difficultés à communiquer avec les autres. Et pour cause : les autres me faisaient peur.
Et puis là, ça va mieux.
Ma psychiatre a longtemps hésité. En effet, vous le savez ou l’ignorez, je « souffre » du syndrome de Gilles de la Tourette. De plus, adolescent, j’avais eu des réactions particulièrement violentes à certains médicaments, m’empêchant de parler ou encore d’avaler ma salive pour cause de… crampes dans la langue ! Enfin dans mon cas, mes divers tics et tocs sont très faibles par rapport aux effets secondaires des diverses molécules employées pour les limiter. Il existe cependant des cas extrêmes de ce syndrome — heureusement très rares — qui impliquent l’émission de sons, grognements qui peuvent s’avérer socialement gênants, en particulier s’ils sont accompagnés de gestes obsènes ou encore de diverses vulgarités, injures et autres obscénités dont ne peuvent s’empêcher certains malades qui en souffrent réellement. Si vous ne visualisez pas à quoi correspond ce syndrome, je vous invite à jeter un oeil aux séries produites par David E. Kelly, comportant toutes au moins un cas de syndrome de la Tourette, comme le personnage de Melanie West, interprété par Anne Heche, l’une de mes actrices fétiches, dans Ally McBeal.
Elle a hésité, mais m’a tout de même prescrit un nouveau médicament « utilisé pour traiter une maladie qui s’accompagne de symptômes tels que entendre, voir et sentir des choses qui n’existent pas, avoir des croyances erronées, une suspicion inhabituelle, et un retrait affectif et social. Les personnes ont cette maladie peuvent également se sentir déprimées, anxieuses ou tendues. » Quelques temps plus tard, je revois mon médecin. « Au fait, vous ai-je prévenu qu’il fallait faire attention à la nourriture ? — Non, pas que je m’en souvienne… — Bon, alors faites attention, en particulier aux glucides, cette molécule modifie le métabolisme. » Oh, ça, pour modifier le métabolisme, elle le modifie ! Et même plutôt deux fois qu’une ! De un, j’ai perdu la sensation de satiété, je ressens la faim en permanence ; de deux, j’accumule graisse et fais de la rétention d’eau. Dix kilogrammes de plus en un mois. Le double effet Kiss Cool… dont je me serais bien passé !
Bref, j’en parle alors à une amie tchatteuse : « Tiens, au fait, je te l’ai dit ? j’ai un médicament habituellement utilisé pour traiter la schizophrénie ! — Schizophrénie ? Oh, je connais peut-être », me répond-elle. Et elle le connaissait, oui. C’est à se demander s’il existe des gens normaux. C’est quoi, déjà, le singulier de « gens normaux » ? Comment cela, ça n’existe pas ?!
Réactions des lecteurs
Il y a 4 réactions pour l'article Effets secondaires.
Jerry a écrit le 12 novembre 2008 à 12:09 :
Aussi étrange que cela paraisse, je connais plusieurs personnes normales !
Mais pas beaucoup.
En fait, elles font plutôt figure d’exceptions notables dans le paysage. Des êtres rares, à garder précieusement.
J’ai l’impression que la distinction majeure se fait plutôt entre les personnes malades qui le reconnaissent et se soignent, et les personnes malades qui le nient et ne se soignent pas (et font du coup rejaillir leur trouble sur leur entourage). Etrangement, les premières sont plutôt moins malades que les autres, puisqu’elles se soignent, mais jugées plus malades et stigmatisées comme telles, puisqu’elles l’admettent. Injuste, non ?
En tous cas… Ravie de savoir que tu vas mieux!
Roman Age a écrit le 13 novembre 2008 à 17:43 :
J’ai connu pas mal de personnes (surtout enfant) qui avaient des tics comme clignements des yeux et mouvements repetitifs de la tete, certes ce sont des tics legers, alors meme si tes symptomes a toi sont certainement (ou etaient) plus forts, je n’ai pas l’impression que ce soit tres rare (a divers degres bien sur).
ralphy a écrit le 14 novembre 2008 à 2:06 :
@Jerry : En effet, j’ai aussi l’impression que ceux qui prétendent ne pas avoir besoin de se soigner sont parfois les gens les plus atteints.
@Roman Age : Pour ce que j’ai pu lire à ce sujet, les tics et le syndrome de Gilles de la Tourette concernerait entre 1 personne sur 20 et 5 personnes sur 100.000. Certains spécialistes confondent en effet les deux, alors que d’autres les distinguent.
En effet, pour certains, il s’agit de deux situations très distinctes. Dans les deux cas, les tics apparaissent généralement vers l’âge de 7 à 12 ans. Ensuite, les « simples » tics disparaissent, alors que les tics liés au syndrome de Gilles de la Tourette restent, à des niveaux plus ou moins importants, voire disparaissent durant des périodes de temps plus ou moins longues pour réapparaître plus tard, toute la vie durant.
Même si l’on ignore les origines ou les déclenchements précis de ces tics (ils seraient d’origine génétique et liés à un neurotransmetteur en quantités inadaptées dans le cerveau), les tics semblent apparaître plus souvent chez les garçons d’intelligence supérieure à la moyenne, qui ont du mal à gérer leur frustration et qui vivent dans un environnement anxiogène. Même s’il est bon de faire prendre conscience à l’enfant qui en souffre de ses tics, il ne faut pas réprimander l’enfant de les avoir, car cela génère une situation de stress qui en augmente au contraire l’intensité.
Coquine a écrit le 14 novembre 2008 à 22:42 :
Normaux? cékoiça? plus je me regarde et plus je me demande si c’estmoi qui suis normale, ou les autres…
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