La mort ne vous va pas bien du tout
Un mois après le suicide de ma sœur, continuer à vivre est difficile. En plus du deuil déjà difficile d’un proche, l’incompréhension du suicide, des tensions familiales et une déprime profonde n’aident pas à expédier rapidement les tâches administratives liées à un tel décès.
Un réveil difficile, jusqu’à récemment, c’était quand j’avais du mal à me lever, réveillé par le réveil. Depuis la disparition soudaine de ma sœur, c’est différent.
Mon autre sœur m’avait réveillé de bon matin, par un coup de fil, pour m’annoncer sa découverte macabre et me demander de venir la rejoindre en urgence. Depuis près d’un mois, lorsque mon téléphone sonne, j’appréhende le pire. Sonnerie de téléphone implique angoisse, stress, peur, en particulier le matin, et surtout lorsque cette sonnerie de téléphone me réveille, ce qui arrive rarement, mais régulièrement.
Quand le téléphone ne sonne pas, je me réveille tout de même avec pour première pensée la mort. J’ai rêvé plusieurs fois de ma sœur décédée. Cela indépendamment du fait que son urne avait été laissée, durant une bonne semaine, dans la pièce où je passe mes nuits. Mais est-ce si anodin, finalement ? Mes rêves sont donc parfois hantés par ma sœur décédée. L’un d’entre eux m’a particulièrement perturbé. Tout le monde se comportait comme si tout allait bien, et personne ne me croyait que la personne qui prétendait être ma sœur ne pouvait pas être elle, car ma sœur était morte et incinérée. Et je suis bien placé pour le savoir : c’est moi qui ai porté ses cendres encore chaudes à la sortie du crématorium. Vous le saviez, vous, que les cendres étaient encore chaudes ? Remarquez, cela tombe sous le sens… Dans mon cauchemar, cependant, personne ne m’avait cru. Cela m’a réveillé.
Même quand mon téléphone ne sonne pas, même quand aucun cauchemar ne me réveille, la première pensée qui me vient à l’esprit, c’est la mort. Je n’ai pas encore ouvert les yeux que la mort envahit mon esprit. Et pour cause. Mes semaines sont rythmées par l’envoi de courriers, rendez-vous chez le notaire, et autres préoccupations avec la disparition de ma sœur. La mort de ma sœur n’est pas une banale obsession d’un esprit dérangé (et il l’est certainement par ailleurs). C’est aussi une réalité que je vis au quotidien et dont je ne peux échapper.
Est-ce juste un problème de deuil ? Le temps effacera-t-il cette impression morbide qui ne me lâche pas de la journée ? Peut-être. Mais le travail de deuil, lui, ne peut commencer, j’ai l’impression, tant que les affaires courantes ne sont pas réglées. Or, quelque chose me dit que cette affaire va s’éterniser durant de longs mois, d’autant que la disparition d’un proche est l’occasion de remettre à plat de nombreux non dits et autres situations non réglées dans une famille, ce qui provoque une certaine tension…
Réactions des lecteurs
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Alucard a écrit le 1 mars 2008 à 19:27 :
Oui le temps aidant ça atténuera la douleur de l’être disparue.
La souris blonde a écrit le 3 mars 2008 à 21:39 :
J’espère que prochainement, tu ne sursauteras plus au bruit du téléphone le matin… C’est normal ce genre de réflexes après un tel traumatisme, c’est normal aussi que cela s’atténue avec le temps.
En tous cas, pour ce qui est de faire ton deuil, c’est bien d’en parler, ici ou ailleurs. J’espère que vous échangez aussi à ce sujet dans ta famille, peut-être pas suffisamment, ce que ton rêve semble traduire peut-être.
Tigrevert a écrit le 3 mars 2008 à 23:53 :
Bon courage à toi : ton texte est extrèmement touchant.
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