Mariage et virginité
L’abstinence sexuelle jusqu’au mariage a-t-elle encore un sens en France aujourd’hui ? C’est la question que l’on peut se poser sur fond d’annulation d’un mariage par un tribunal français pour cause de mensonge sur la virginité de la jeune épouse.
Faut-il être vierge pour se marier ? C’est ce contre quoi s’insurge l’association féministe provocatrice Ni Putes Ni Soumises qui interprète à sa façon la récente décision du TGI de Lille d’annuler un mariage pour cause de mensonge sur la qualité virginale de la jeune épouse. Pour cet cet illustre avocat, le tribunal n’a pas jugé l’annulation pour cause d’absence de virginité d’une jeune mariée. En effet, le tribunal avait jugé l’annulation du fait du mensonge de la jeune épouse sur sa prétendue virginité, alors qu’elle connaissait l’attachement à cette qualité de son récent époux et que le mariage n’aurait pas eu lieu si elle lui avait révélé la vérité précédemment. Plus intéressant, les deux époux ont été d’accord pour annuler leur union.
Si les arguments mis en avant pour cette annulation me paraissent personnellement désuets, je ne suis pas du tout l’association Ni Putes Ni Soumises qui prône manifestement le mensonge au sein du couple, quitte à rendre la vie d’un couple qui n’a plus lieu d’être des plus délicates, maintenant que cette affaire privée est discutée sur la place publique. Quel est donc le but ? Forcer les époux qui cherchent à corriger leur erreur à rester mari et femme contre leur gré ?
Quoi qu’il en soit, les divers gouvernements des états étatsuniens financent depuis des années une politique de prévention à base d’abstinence avant le mariage auprès des adolescents et jeunes adultes. Pourtant, ces campagnes sont connues pour être purement idéologiques, sans aucun caractère sanitaire. En effet, il n’existe aucune différence entre les groupes de jeunes gens sensibilisés à l’abstinence sexuelle avant le mariage et les autres groupes de jeunes gens non sensibilisés sur le taux de grossesses de ces deux groupes. Promouvoir l’abstinence n’a aucun effet réel sur la sexualité des jeunes. Les Etats-Unis comptent jusqu’à 25 % des adolescentes déjà tombées enceintes, l’un des taux les plus importants des pays industrialisés.
Et en France, où en sommes-nous pour ce qui est de l’âge du premier rapport sexuel ?
En 2004, sur la base de témoignages d’un forum dédié à la sexualité, et après m’être inspiré d’un rapport sanitaire officiel, j’avais présenté ce petit graphique sur l’âge du premier rapport sexuel :

Ce graphique, sur la base de témoignages spontanés, volontaires, et non représentatifs, est cependant corroboré par des études plus sérieuses :
En France, certains changements sont aujourd’hui notables. Nés entre 1944 et 1953, les hommes et les femmes ont eu leur premier rapport sexuel en moyenne à 17,9 et 18,9 ans respectivement. Trente ans plus tard, les jeunes nés dans les années 1980 sont initiés respectivement à 17,4 et 17,6. Ainsi, l’âge du premier rapport est devenu quasi-identique entre les hommes et les femmes.
Bref, plus de 90 % de la population française a des rapports sexuels avant le mariage, si l’on s’en tient aux chiffres officiels de 2006, puisque le premier mariage a lieu en moyenne à l’âge de 31,3 ans pour les hommes et de 29,3 ans pour les femmes.
Par conséquent, il devient tout à fait absurde d’exiger de son fiancée ou de sa fiancée d’être vierges avant la nuit des noces. Par ailleurs, j’avoue ne pas comprendre l’intérêt d’une telle abstinence. N’étant pas moi-même partisan de multiplier des partenaires, préférant des relations amoureuses durables à des relations éphémères, je ne vois pas ce qui pourrait me pousser à recommander de suivre mes propres choix, d’autant qu’il m’arrive moi-même de les remettre parfois en question.
À chacun de construire sa vie comme il l’entend, et en particulier sa vie affective et sexuelle. Aux parents, aux enseignants et au corps médical d’apporter des réponses aux jeunes (et moins jeunes ?) et de leur apporter une éducation incluant des repères clairs en matière de sexualité tout en respectant leur intimité. Je pense notamment au respect, aux aspects sociaux et psychologiques, ou encore à l’importance de l’affectif et des sentiments dans le jeu de la séduction et des jeux amoureux et sexuels, bien au-delà d’explications purement mécaniques liées à l’excitation sexuelle, ou sanitaires relatifs aux IST.
Du fait de mon éducation religieuse, adolescent, j’avais beaucoup et inutilement souffert de la culpabilité qu’entraînait la découverte de ma sexualité, m’infligeant parfois des punitions pour expier mes pêchés présumés ou avérés, se sentant observé et jugé au plus profond de mon intimité. La vie n’est-elle pas déjà suffisamment courte et difficile pour s’autoriser des plaisirs pourtant si naturels et légitimes ?
Réactions des lecteurs
Il y a 4 réactions pour l'article Mariage et virginité.
Reveried1soir a écrit le 5 juin 2008 à 22:43 :
Démeler l’écheveau inextricable d’une éducation bien ficelée (prodiguée de bon aloi et avec les meilleures intentions du monde), le socialement correct, si ce n’est l’admissible et cultiver un jardin secret où toutes les plantes s’épanouiraient en harmonie.
Un Jardin d’Eden utopique?
Lorsque j’entends de telles infos, cela me laisse des plus dubitatives…
Adolescente, l’éveil s’est conjugué avec un sentiment de culpabilité lorsque j’ai fait la découverte des pratiques onaniques.
A en croire tes sondages, j’aurais eu soit peu d’initiatives, une curiosité de frigide ou un excès de puritanisme ensuite, qui sait?
Selon un adage populaire, on a uniquement le plaisir que l’on se donne (seul ou accompagné). Je n’en ferais certes pas ma devise mais j’essaie de vivre désormais le plus indépendemment de certaines « normes ».
Il fut une époque encore récente où je me demandais si la pluralité de partenaires sexuels était un gage de réussite dans les relations intimes, par exemple!
Je pense que ces questions peuvent faire plus de dégâts qu’on ne le pense.
J’essaie à présent de me poser les bonnes. Qu’est-ce qui est important pour moi? Faut-il absolument que cela corresponde aux critères standardisés et(ou) ce à quoi on a tenté de me faire adhérer – à tort ou à raison -. Famille, éducateurs, professonnels de santé..sont les guides de notre subjectif parcours.
Pas facile certains jours de faire abstraction de tout cet affect qui nous lie à eux. Pas un drame non plus.
A contrario, un monde qui cultive le flou -pas forcément artistique- remet en question nos repères.
Sachons nous cultiver pour croitre ensuite, grâce à la puissance d’une sève unique mais bien enracinée.
Reveried1soir a écrit le 5 juin 2008 à 22:46 :
Le pc m’a effacé 3 mots (non non, je ne me déresponsabilise pas)
Biquette a écrit le 6 juin 2008 à 7:19 :
Merci pour le lien vers le site de l’avocat.
J’ai l’impression d’assister avec cette affaire a une nouvelle affaire Drefus.
Les médias et les politique ne juge pas les faits, mais la somme de préjugés planant sur les deux personnes.
Sexe et Islam font un mélange détonnant …
Abstinence sexuelle avant le mariage : une idéologie absurde a écrit le 1 septembre 2008 à 23:25 :
[...] des naissances auprès des adolescents et des jeunes adultes. J’ai déjà eu l’occasion d’en parler sur un autre de mes blogs. D’ailleurs, compte tenu de l’inefficacité la plus évidente [...]
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