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Accident domestique : aux urgences

Récit de mon passage aux urgences suite à mon stupide accident domestique avec la machine à laver…

Pensement sur la paume de la main face au crochet de fermeture du battant d'une machine à laver

Dans les épisodes précédents : après un geste stupide destiné à extérioriser physiquement ma frustration, je me suis retrouvé prisonnier de ma machine à laver, amené aux urgences par les pompiers.

Plusieurs personnes attendent aux urgences avec moi. Sur un brancard, un blessé, peut-être un accidenté de la route. Il est conscient, il a l’air quelque peu abandonné en plein milieu de l’accueil. Plusieurs personnes à l’accueil tapotent des choses sur leurs ordinateurs, tous en blouses blanches, certains sont manifestement médecins, d’autres infirmiers, et probablement du personnel administratif sans rôle médical. Enregistré par les pompiers qui m’ont amené dans leur camionnette rouge, j’attends donc patiemment que mon tour vienne.

Une personne finit par s’approcher de moi. Fausse alerte : on m’invite à quitter mon fauteuil roulant pour m’orienter vers la salle d’attente, toute proche. Je m’exécute, pour découvrir un couple de personnes âgées qui semblent attendre un patient, quelques patients d’âge mûr qui n’ont pas l’air très mal au point, et enfin une jeune femme qui, manifestement, a une fièvre de cheval. Je compatis et m’assois parmi cette petite troupe aussi patiente que silencieuse. Ayant déjà visité quelques fois les urgences de part le passé, je ne me fais pas de soucis : je ne pisse pas le sang par tous les orifices, malgré une main endolorie, je ne souffre par le martyre, et par conséquent, j’attendrai patiemment mon tour après que les véritables urgences aient été traitées. J’en profite donc pour fermer les yeux et réorganiser mentalement mon planning de la journée.

La jeune femme souffrant de fièvre est appelée, une personne s’approche d’elle pour l’inviter à la suivre et lui signifier la suite des opérations. Mon tour viendra plus tard.

Mon nom résonne dans le hall d’entrée, convenablement écorché à l’occasion. Oh, je ne m’en offusque pas un instant, je m’étonne même qu’il soit si bien prononcé. C’est qu’un nom centre-européen bourré de « k » et de « z » à ne plus savoir quoi en faire n’est clairement pas évident à lire en français. D’ailleurs, je n’ai jamais su le lire correctement en français, et je me suis par conséquent très vite contenté de la prononciation habituellement et spontanément proposée par mes professeurs de l’école primaire. Si mes interlocuteurs insistent, je leur prononce mon nom polonais en version originale, avec l’accent tonique au bon endroit. En général, ils en concluent avec le sourire qu’ils m’appelleraient désormais par mon prénom, que j’ai l’habitude de franciser pour l’occasion.

Une infirmière m’invite à m’asseoir sur une chaise proche de l’accueil. Elle s’excuse d’avoir écorché mon nom. Je la rassure immédiatement, puisque je suis devant elle, elle a magnifiquement réussi cet exercice délicat de la lecture de mon nom. Ma douleur ? Je dois donner un score entre 1 et 10 ? C’est que ça fait fichtrement mal, de s’être empalé la main sur le crochet de fermeture de sa machine à laver, mais tant que je garde ma main immobile et que je pense à autre chose, tout va bien. « Je ne sais pas. 3, 4 ou 5 ? » Cette réponse ne lui suffit pas. « J’ai besoin d’un chiffre » Bon, un chiffre. Cela élimine d’emblée 10. « 5. » Inutile de jouer les héros. Et puis, les héros ne s’empalent pas sur leurs machines à laver. Et puis ils n’appellent pas les pompiers. Ils s’en sortent tout seuls. Comme des grands. Oui, cinq est un bon chiffre. Cinq. Ça fait mal. « Suivez les pas bleus, un médecin va vous recevoir. »

Les pas bleus, ce sont des pas peints en bleu à même le sol. Il y en a des bleus et des jaunes. Je ne me souviens pas des autres couleurs, ou bien si même il y en avait. Aussi, je suis les pas bleus sur moins de vingt mètres. Ils mènent à une porte coupe-feu bloquée grande ouverte, malgré un panneau d’avertissement interdisant de telles pratiques. Je découvre une nouvelle salle d’attente, une pièce vitrée où les médecins tapotent sur leurs claviers d’ordinateurs. Deux, peut-être trois salles de soins possèdent des portes opaques.

Je retrouve la jeune femme fiévreuse de tout à l’heure. Elle n’a pas l’air très en forme. Je lui lance un sourire. « Vous croyez qu’il y en a encore combien, des salles d’attente ? » Elle me retourne le sourire. Je m’assois.

On voit un ballet de médecins entrer et sortir des diverses portes. C’est assez impressionnant. Médecin aux urgences, c’est un exploit sportif, on dirait. Il serait intéressant de mesurer leurs allers-et-venues avec un podomètre. Pour moi qui reste cloîtré devant mon écran d’ordinateur l’essentiel de la journée, cela devient rapidement impressionnant. Il y a des jours où je marche moins en une journée qu’eux en un quart d’heure. J’exagère ? Bon, peut-être. Mais si peu. À chaque passage, je tente un timide « bonjour », mais face à une réaction inexistante de la part des personnes qui font les allers-et-venues, je finis par abandonner mes manières polies pour continuer à réorganiser le planning de la journée dans ma tête.

Toujours est-il qu’on entend un médecin expliquer derrière une porte opaque à une mère et à sa fille ce qu’il va faire. Le geste a l’air indolore, mais cela semble impressionner la petite qui se met à pleurer. « Ça ne fait pas mal ! » proteste le médecin. « Et je n’ai même pas commencé ! » insiste-t-il. Il n’a pas l’air particulièrement à l’aise avec les enfants. Il sort, quitte les lieux d’un pas ferme. Il reviendra quelques minutes plus tard. J’en prends bonne note : soigner des enfants, cela se fait en marchant.

Une jeune femme en blouse blanche s’arrête devant moi. Elle m’interpelle. Je quitte mes rêves pour la regarder et comprendre que je dois la suivre. Elle me demande ce qui m’amène là. Je lui explique. Incrédule, elle me propose de m’installer sur un lit du centre de la pièce. Pendant que j’enlève ma veste, la lançant maladroitement, d’une seule main, sur un dossier de chaise duquel elle tombe, elle-même se mouche le nez, jette le mouchoir, va replacer ma veste tombée par terre malgré mes protestations, et commence à enfiler une paire de gaints, avec une étonnante difficulté.

Incrédule, elle me pose des questions sur l’accident, ainsi que sur mes antécédents médicaux, allergies et autres points habituels que l’on peut aborder en ce genre de situations. Elle essaye vainement, malgré mon aide, de modifier la hauteur d’une table à roulettes où je suis sensé reposer ma main pour qu’elle puisse l’examiner. Manifestement, elle ne l’avais jamais fait auparavant : cette table, bien que trop petite pour l’usage qu’elle souhaite en faire, était manifestement à sa hauteur maximale. Elle a l’air impressionnée. Impressionnée ? Mais par quoi donc ? Par un pauvre type à l’allure de SDF arrivant aux urgences suite à un accident stupide habillé d’un t-shirt ? Est-ce son rhume qui lui donne cet air impressionné ? Peut-être a-t-elle envie de demander un avis psychiatrique ?

Concernant mes antécédents médicaux, elle me pose des questions sur les allergies. J’en donne la liste, courte. Non, je ne suis pas allergique à la pénicilline. Oui, ma vaccination anti-tétanos. Elle me le redemande : oui, j’en suis sûr. Elle quitte la pièce, puis revient. Elle me redemande les mêmes questions. Suis-je convié à un interrogatoire policier ? Si elle, c’est le gentil flic, le méchant flic ne devrait pas tarder. Elle s’éclipse. Puis la revoici, accompagné d’un homme, cette fois-ci, comme elle, vêtu d’un blouse blanche.

L’homme se présente : « je suis interne ici. » Bonjour aussi, tiens. Je comprends donc tout. Lui, c’est le Dr Cox. Elle, c’est son bisu. Vous avez compris : la veille, je m’étais endormi devant Scrubs.

Mêmes questions, mêmes réponses. Examen plus complet : vérification de la sensibilité aux extrémités, du tonus musculaire. Manifestement, seul le muscle est touché, aucune fibre nerveuse ou tendon. On peut donc recoudre. Le Dr Cox s’en va, me laissant donc entre les mains de son bisu.

Le docteur en devenir trouve encore une excuse pour s’absenter. Puis revient. Sort un kit de couture, me prie de m’installer tant bien que mal, regarde encore la plaie, la nettoie, s’apprête à la recoudre. Elle hésite. Elle a peur de me faire mal avec son aiguille. Mais elle devrait faire deux piqûres d’anesthésiant, ce qui revient à faire plus de piqûres que de recoudre directement. Logique. Je fais donc attention à ne pas bouger la main. Je ne peux la tendre complètement, c’est que ça fait déjà mal sans rien faire. Aussi, j’essaye, tant bien que mal, de détourner le regard et de penser à autre chose, en laissant la couture à la demoiselle (et n’y voyez aucun sous-entendu sexiste).

Une fois la main recousue, pansée, mon docteur en devenir m’envoie à l’accueil où je termine quelques formalités administratives. À la sortie, trois policiers escortent un homme, les poignets menotés dans le dos. L’homme demande à un policier de ne pas le toucher. « On est bien le contact, nous, à la police. » lui répond le policier d’un ton joyeux. L’homme est amené à une voiture de police. Quelques pas plus loin, une jeune femme en pleurs dans les bras d’un jeune homme plus haut qu’elle d’une tête. L’homme est stoïque. La femme sanglotte. « Pourquoi est-ce que ça nous est arrivé à nous ? » Je continue mon chemin, passe par la pharmacie, de nouveau chez moi où mes proches ont profité de mon absence pour nettoyer cette fameuse machine à laver…


Réactions des lecteurs

Il y a 2 réactions pour l'article Accident domestique : aux urgences.

Jerry a écrit le 14 janvier 2008 à 23:54 :

ralphy

Mmm… C’est presque plus inquiétant d’être à l’hôpital que cloué à une machine à laver transuillement chez soi, dis-moi…


garavagno a écrit le 17 décembre 2008 à 20:45 :

ralphy

bonsoir, soyez indulgent avec cette jeune interne en medecine! lol ! etudiante infirmiere en 2 eme anne je la comprends! il n est guère evident d etre laché dans la nature pour effectuer des soins à un patient et encore moins aux urgences!!  c est un milieu où il n est pas evident d evoluer! pour le questionnaire  c est classique et obligatoire !   eh oui il est necessaire que de connaitre vos eventuels allergies par rapport aux produits desinfectants utilises avant la suture y compris la vaccination!! qu elle soit allre voir son référent  cest tout a fais normal puisque avant d effectuer un soin on doit avoir l aval de nos ainées ca evite les erreurs!! lol ! mais dans son cas c etait peut etre son 1 er stage aux urgences?! pas facile a part ca de faire preuve de stoïsme les 1er temps!! peur de se faire des erreurs, d oublier quelque chose….
allez ! souriez! le monde medical nous laisse nous meme parfois assez perplexe mais on apprend en oeuvrant!!


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