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Comme une envie de meurtre sanguinaire

On papotait tranquilement avec Julie sur MSN Messenger autour des divers ragots qu’on s’inventait à force de croiser les blogs des uns avec ceux des autres. Cette fille-ci est magnifique, ce type-là ne sait pas ce qu’il veut, ce couple-là ne fera pas long feu, on comparait nos statistiques de fréquentation respectives, etc., etc. Deux vraies concierges ! Bref, une conversation des plus passionnantes et des moins productives comme je les aime pour se changer les idées. Pourtant, ayant raté mon train hier, je dûs me résoudre à y mettre court. Le train partait dans une heure et je devais passer prendre mon billet au guichet.

On papotait tranquilement avec Julie sur MSN Messenger autour des divers ragots qu’on s’inventait à force de croiser les blogs des uns avec ceux des autres. Cette fille-ci est magnifique, ce type-là ne sait pas ce qu’il veut, ce couple-là ne fera pas long feu, on comparait nos statistiques de fréquentation respectives, etc., etc. Deux vraies concierges ! Bref, une conversation des plus passionnantes et des moins productives comme je les aime pour se changer les idées. Pourtant, ayant raté mon train hier, je dûs me résoudre à y mettre court. Le train partait dans une heure et je devais passer prendre mon billet au guichet.

Aussi, attrapant mon sac de voyage où j’avais jeté la veille ce qui traînait comme affaires propres dans ma chambre, j’entrepris ma route pour la gare. Facile, le chemin est connu par coeur… euh… sauf travaux en cours qui, bien entendu, ne prévoient aucunement que des piétons puissent circuler autrement qu’en faisant le tour de la ville trois fois avant de se retrouver à Strasbourg, là où on cherchait simplement à traverser la rue. Bref, une fois à la gare, je m’inquiète quelque peu de l’heure, et fonce à toute vitesse aux guichets pour prendre mon billet de train.

Oh, si ma chère banque n’avait pas détruit pour une raison aussi inconnue qu’incongrue ma carte bleue au lieu de me l’envoyer à mon domicile, j’aurais sans doute pu profiter des guichets automatiques pour retirer mon billet. (Rappelez-moi un de ces jours de vous expliquer comment on peut braquer ma banque sans grand risque, sans menace, et avec le sourire de guichetier. Un jour, il faudrait peut-être qu’ils s’inquiètent un peu de leurs failles énormes de sécurité non pas informatiques, mais bêtement humaines, voire carrément dans leurs procédures absurdes au lieu de détruire les carte bleues de leurs clients.) Mais ma carte bleue morte-née (mais dont les frais sont prélevés chaque mois, le guichetier ayant l’audace de m’expliquer que tant que le client ne proteste pas, ils se servent… et malgré mes protestations, ils continuent à se servir…) m’impose d’aller me diriger vers cette chaleur humaine dont on se serait bien passée en cette période caniculaire, la très mal nommée file d’attente des guichets pas du tout automatiques.

De « file », celle-ci s’avère n’avoir conservé que le nom, car elle avance à une vitesse de limace paraplégique réchappée de Tchernobyl. Et pour cause : sur les six guichets, seuls deux sont opérationnels, malgré une foule immense qui se liquéfie à vue d’oeil. Goutte après goutte, je sens ma sueur couler sur tout mon corps. Je vois les gouttes se former sur le visage, le cou, les bras de mes voisins. Une désagréable odeur de casier de sport mal aéré envahit soudain mes narines. Du bonheur à l’état pur. Si la SNCF veut que je lui donne des idées d’avance, je lui propose de placer des guichetiers à ses guichets. (Je devrais peut-être postuler pour un poste de cadre aux chemins de fer ?) Il faut dire que les clients semblent particulièrement inaptes à comprendre ce qu’on leur dit, bloquant près de dix minutes chacun des deux guichets vivants au lieu des deux à six habituellement nécessaires.

La queue avance molement, doucement, elle se tasse pour mieux inspirer les odeurs corporelles des voisins. Je regrette juste que cette charmante blonde mignonne à croquer porte une jolie, bien que discrète, bague de fiançailles. Stoïque, patient, je me rabats sur une jeune femme dont le visage aura été meurtri par une épilation abusive des surcils. Quelle horreur, elle dont la peau couleur chocolat noir semble si douce, à croquer. Oui, depuis que j’ai appris que ces messieurs croquaient les fesses de ces dames dans le métro parisien, je cherche des fesses bien fermes où planter ma dentition tant qu’il me reste encore quelques dents.

Tiens, en voici une où je ne planterai pas mes canines.

Le guichet du fond se libère, celui face au passage pour handicapés moteur, une vieille pie sexagénère, visiblement en pleine forme, s’incruste au via le fameux passage pour handicapés, prenant sans gêne la place du type qui arrive étonné face au guichet dont elle le repousse. Mon train part dans dix-sept minutes exactement. « Mais vous avez la file ? », s’explique la vieille peau à la guichetière. « Je ne vais pas attendre aussi longtemps pour un renseignement », prétend se justifier la vieille. Je dois sans doute comprendre que je suis l’abruti de service qui ne prend pas la place des autres dans la file d’attente. Croyez-le ou non, malgré les protestations de la foule, la fille du guichet accepte la dame, priant d’un simple geste le monsieur ayant passé trois quart d’heure à faire la queue de retourner à celle-ci. Incrédule, mais stoïque, j’observe la scène avec stupéfaction.

La vieille peau se fait expliquer ses billets ici, aux guichets de vente, alors qu’on aurait pu les lui expliquer à l’accueil. Ah, oui, c’est vrai, là bas, le passage pour handicapés est moins isolé, il aurait fallu qu’elle affronte des dizaines de regards assassins, qu’elle pousse quelques patients s’impatientant et qu’elle marche sur quelques pieds. Onze minutes avant le départ de mon train. Je n’en crois pas mes oreilles : la grosse truie a un billet valable jusqu’au 21 juillet et la voilà maintenant qui veut l’échanger pour un autre, aux environs d’une date voisine. Sept minutes avant le départ de mon train.

« Excusez-moi », s’annonce un quincagénère grisonnant portant un imper rouge flashy. Le temps que je me retourne, le voilà qu’il a doublé quatre autres clients et négocie en début de file sa toute première place. J’ai envie de l’interpeler, de lui crier qu’il faudrait qu’il négocie avec moi d’abord, qu’il a doublé sans gêne aucune ! Stoïque, je reste calme. Cinq minutes avant le départ de mon train. Le type veut échanger un billet, pour un train allez savoir quand. J’ai envie de l’appeler, de lui dire qu’il vient de prendre ma place, que je vais sans doute rater mon train à cause de lui. Je reste silencieux, calme, comptant les gouttes de sueur qui s’écoulent dans mon dos.

Deux guichets s’ouvrent, les clients avancent plus vite. Quatre minutes avant le départ de mon train. Ah, les voilà qui reviennent. Quand deux nouveaux guichets s’ouvrent, c’est qu’il y a nécessairement un piège : un troisième ferme. Je reste patient, calme, inébranlable. Trois minutes avant le départ de mon train. Me voici premier de la file, désormais, au bout de quelque quarante minute d’attente interminable. Le cinquagénère est face à moi, il range ses affaires, il part. J’ai envie de lui placer mon poing dans la figure, mais je n’en fais rien : deux minutes avant le départ de mon train. Stoïque, calme, posé.

« Bonjour. Je devine que je n’ai pas le temps de prendre mon train de dix-huit heures quarante ? » Mon interlocutrice se retourne, regarde l’horloge électronique pendue au mur. « Non, en effet, je peux vous le faire, mais vous verrez le train partir du quai. » J’acquiesse. J’ai une soudaine envie de meurtre sanguinaire. « Vous voulez dire que si le monsieur que vous venez de servir n’était pas passé sans gêne devant tout le monde, et que la dame au fond n’avait pas court-circuité toute la file, j’aurais pu avoir mon train ? » Je suis calme, posé. Stoïque ? Gagné. Stoïque.

La sortie est toute proche, le billet pour demain rangé dans mon sac de voyages, je quitte enfin ce four qu’on appelle gare. Quelques gouttes permettent de rafraîchir un peu l’atmosphère orageuse de la journée. Je fais dix mettres. Gagné, oui, j’ai tout gagné. Il ruisselle du ciel. Arrivé au bas de mon immeuble, la pluie s’arrête, comme par enchantement.

« Bonjour. Un chausson à la crème pâtissière, un yahourt vanille et une flûte, s’il vous plaît. » Soixante cinq, plus un euro trente, plus quatre-vingt-dix. Je prépare la monnaie. « Quatre euros vingt, s’il vous plaît. » Calme, posé, stoïque. Je reste calme. Je ne veux même pas discuter. Je place les quatre pièces qu’elle demande, je me tire de cette boulangerie. Il y a des gens qui meurent pour rien. Elle, ce sera pour un euro trente cinq.

Vivement les vacances.


Réactions des lecteurs

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Mimi91 a écrit le 30 juin 2005 à 9:14 :

ralphy

Moralité, faut prendre son billet de train la veille ! ;)


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