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Un an plus tard

Un an après la disparition de ma sœur.

Cela fait un an que ma sœur s’est donné la mort.

Dans le désordre le plus complet : la famille est déchirée ; la succession n’est pas terminée.

Pour ma part, je souffre de phases dépressives récurrentes sans ressentir de réel mieux entre ces divers épisodes, du moins sur des périodes suffisamment longues pour être un tant soit peu exploitables pour mener une vie plus ou moins normale. Ma psychiatre a émis l’hypothèse d’un trouble bipolaire, sans pour autant que ce diagnostic soit fiable à 100 %, d’autant plus que je n’ai souvenir d’aucun épisode de ma vie où je serais excessivement joyeux, voire euphorique, même s’il m’est déjà arrivé — dans un lointain passé — d’être heureux.

Trouble bi-polaire ou non, le plus récent médicament qu’elle m’a prescrit me donne une chance sur mille à une chance sur cent de mourir de « mort subite inexpliquée. » J’ai peur de la mort et je la vois en permanence autour de moi. Notez bien que je n’éprouve pas tant la peur de mourir, mais plutôt de voir les autres mourir, mes proches en particulier. Du coup, des idées morbides hantent mon esprit, et ce, dès mon réveil.

J’ai peur du téléphone de manière récurrente, ce qui handicape autant ma vie personnelle que ma vie professionnelle. Régulièrement, j’ai peur des gens, quels qu’ils soient, de parfaits inconnus comme des proches. La moindre contrarieté m’impose de longues nuits de cauchemars. Une fatigue chronique s’installe.

En même temps, je note une forte incidence des divers médicaments sur mon comportement (et au passage, au kilogramme, certaines molécules coûtent très, très, très largement plus cher que l’or). Et je me pose plein de questions. Quand on meurt, si la vie au-delà de la mort existe, à quoi ressemble-t-on ? Autant physiquement, que psychiquement. Est-on jeune, vieux, une fois mort ? Si cette vie par-delà la mort devait être immatérielle, et puisque le monde physique a une incidence sur notre façon de nous comporter (l’alcool, le café modifient le comportement, en plus des autres substances, qu’elles soient légales, prescrites par un médecin ou non), comment se comportent donc nos esprits, une fois dissociés de leur corps ?

Je suis parrain de l’un de mes deux neveux. Par conséquent, je suis censé veiller à son éducation religieuse. Or, je crois de moins en moins en Dieu, et pourtant, je fais une prière pour ainsi dire chaque jour à l’intention de mes proches disparus.

Merde. Il est où, ce satané bouton « reset » ?


Réactions des lecteurs

Il y a 11 réactions pour l'article Un an plus tard.

Luthecia a écrit le 27 janvier 2009 à 19:05 :

ralphy

Désolée pour toi de constater que ce drame ait des conséquences si profondes et tragiques dans ta famille et ta vie perso. Mais concernant les suicides de jeunes gens, inattendus et inexplicables, c’est presque inévitable. On passe sa vie à se demander « pourquoi? » alors que la réponse n’existe pas… Il faut très longtemps pour s’en remettre. Enfin, pour apprendre à vivre avec ça.

Concernant l’hypothèse d’un trouble bipolaire, je trouve ça un peu « léger » sans épisode maniaque (d’euphorie extrême) constaté par le thérapeute. En plus, on n’en parle pas avec la personne concernée, pas avant d’être sur de son coup! C’est très bouleversant pour quelqu’un d’être étiqueté de la sorte, alors quand c’est à tort…

Pour ce qui est du choix du médicament, est-il bien judicieux? C’est vrai que la souffrance morale est bien plus difficile à supporter que la souffrance physique (en général) et l’on est souvent prêt à subir beaucoup d’effets secondaires (très) gênants pour être moins sujet au désespoir. Mais si le médicament lui-même porte atteinte au moral (peur de mourir, interrogations angoissantes et insolubles sur le sens de la vie et la vie après la mort…), le jeu en vaut-il la chandelle? Pour accepter un traitement lourd, il faut qu’il apporte un soulagement intense, concernant une souffrance intense. Si les effets secondaires sont presque pires que les symptômes ayant motivés la prescription, quel est le bénéfice? Ca ne veut pas dire qu’il faut envoyer balader son traitement, mais discuter avec le prescripteur de la pertinence de son choix semble indispensable. Mieux on perçoit le traitement, plus efficace il est! Avoir une si grande appréhension concernant un médicament censé améliorer le moral semble réduire d’avance à néant toute possibilité d’être efficace.

D’ailleurs, après tant d’années de traitement, en être encore à tâtonner pour trouver une molécule adaptée, c’est un peu étrange, non? Es-tu vraiment satisfait de l’amélioration apportée par cette thérapie, ce thérapeute, cette méthode de traitement? Ne serait-il pas judicieux de discuter de la pertinence d’envisager une autre solution, un autre psy, etc? Le choix est vaste, toutes les méthodes ne conviennent pas à tous les patients. Et même quand on est satisfait de son suivi, lorsqu’il y a un trop long pallier, sans amélioration, cela peut être le signe qu’il est temps de changer « d’angle d’attaque ». Passer d’une thérapie individuelle à un groupe de psychodrame par exemple…

Quant à tes interrogations sur Dieu, la foi, le bonheur, la vie et la mort, tu peux essayer de lire « Révélation magnétique » d’Edgar Allan Poe, nouvelle faisant du recueil « Histoires extraordinaires ». C’est un texte un peu difficile à lire, très abstrait dans ces concepts et si vaste dans ces implications. Mais c’est une excellente façon de constater qu’il existe de nombreuses façons de comprendre la notion de souffrance, de bonheur, de paradis, de Dieu… Fascinant!

En tout cas, je te souhaite un immense courage: le chemin sera long et difficile, mais ça vaut le coup de se débarrasser de cette fichue maladie! Des gens le font tous les jours, après des mois/années de lutte, alors ne va pas croire que c’est hors de ta portée. Le résultat n’est pas miraculeux et très progressif, mais une fois obtenu, il est très satisfaisant! Ca vaut le coup de se battre.

PS: Houla! Ca c’est un commentaire! Désolée pour cette tartine…


ralphy a écrit le 28 janvier 2009 à 3:49 :

ralphy

@Luthecia : Je n’ai pas été très clair dans cet article… Ce ne sont pas mes médicaments qui me font craindre la mort. Le fait de pouvoir mourir de mort subite et inexpliquée me fait plutôt sourire. De plus, les notices des médicaments ne sont pas assez bien relues, compte tenu de leurs incohérences, d’autant que le site web officiel du médicament ne donne pas les mêmes informations que la notice.

Pour ce qui est de ma crainte de la mort de manière aussi forte, de même que mes idées morbides, il s’agit d’une part d’effets psychologiques (premier anniversaire de la disparition de ma sœur sur fond de relations familiales tendues) et physiologiques (arrêt récent d’un médicament).

Depuis mi-2002, moment où j’ai découvert les joies de la dépression, j’ai été soigné par de nombreux médecins et même suivi une psychothérapie. En vain. Le généraliste sous-dosait les anti-dépresseurs. La psychologue — débutante — n’avait pas trop l’air de savoir où elle allait avec moi. Mon premier psychiatre, recommandé par mon généraliste, était d’un je m’en foutisme extrême (passer 10 minutes au téléphone avec un confrère pour lui dire qu’il était incompétent dans le cas dont ils discutaient sur 15 minutes de rendez-vous, c’est ça, le « je m’en fourisme ») qui ne m’a pas inspiré confiance. Le psychiatre suivant, beaucoup plus attentif et sans doute aussi plus compétent a ignoré, pendant un an, la moitié de mes symptômes. Ma psychiatre actuelle, que je consulte depuis un an, tient compte de l’ensemble de mes symptômes. Et celui qui me pourrit la vie le plus en ce moment, c’est le désintérêt quasi total de ce qui m’entoure avec des blocages m’empêchant d’avoir une vie un tant soit peu normale, engendrant une très handicapante procrastination qui est une réalité dont je n’ai réussi à me défaire pour de bon que l’espace de quelques semaines avant de devoir abandonner le médicament pour cause de prise de poids excessive, voire dangereuse.

Quant aux livres… je vais voir si Révélation magnétique existe en format audio. Ca pourrait être sympathique, en guise de berceuse !


Natacha a écrit le 28 janvier 2009 à 12:27 :

ralphy

J’espère ne pas trop remuer le couteau dans la plaie, mais il me semble que ma situation particulière peut apporter quelque chose d’intéressant.

J’ai l’intuition que laisser derrière soi une abondance de parce que n’arrange pas vraiment la situation de ceux qui restent. Dans l’immense majorité des cas, ceux qui restent n’ont pas la moindre idée de ce que c’est que vouloir « sortir de la salle avant la fin du film ». Les parce que que l’on laisse restent rangés à côté de l’acte dans une espèce de dossier « inimaginable ». Alors ceux qui restent cherchent d’autres parce que, comme si leur raison était capable de répondre au pourquoi de quelque chose qui la dépasse. J’ai l’intuition qu’il y a des réponses que l’on ne peut pas donner, qui doivent être retrouvées par chacun.

Cela dit, j’espère quand même me tromper, et au cas où je prépare soigneusement mes parce que.


Luthecia a écrit le 28 janvier 2009 à 14:02 :

ralphy

Navrée de constater que tu as joué d’autant de malchance en cherchant un médecin. Ce n’est vraiment pas reluisant pour la profession!
Mais une phrase m’étonne: « j’ai même suivi une psychothérapie ». Ca veut dire que la majeure partie du temps, tu prends tes médicaments, mais tu n’es pas suivi en psychothérapie? Personne n’a eu l’idée de te dire qu’un traitement chimique ne peut en aucun cas être efficace seul? Qu’il permet juste de trouver l’énergie nécessaire pour s’investir dans une phychothérapie?
Franchement, je te conseille vivement de te trouver un bon psychologue, qui t’apprendra à lutter contre tes symptômes. Parce que les médicaments ne feront jamais que les ramener à un niveau qui les rend vaguement supportables, mais ne les feront pas disparaître! En plus, multiplier les prises en charges permet de cerner la maladie sur tous les fronts: ça ne peut qu’aider quand c’est bien fait.

Une nouvelle d’Egar Poe en guise de berceuse? Je ne vois pas comment comprendre ça… Tu as lu et détesté? ou tu détestes lire? Pour la version audio, je ne sais pas. Mais les textes de Poe (et de bien d’autres auteurs morts depuis assez logntemps pour que leurs textes soient libres de droits) sont disponibles gratuitement en pdf sur le site ebooksgratuits.com
En tout cas, je te souhaite encore beaucoup de courage. Ne baisse pas les bras: ne laisse pas cette maladie te voler ta vie, tu es bien placé pour savoir que tu vis très bien sans!


ralphy a écrit le 28 janvier 2009 à 14:09 :

ralphy

@Natacha : Je connais les parce que de ma sœur disparue. D’une part, elle détestait sa vie. D’autre part, elle faisait tout pour que sa vie soit la plus misérable possible. Enfin, elle ne voyait pas son avenir, sa vie étant devenue insupportable.

Elle aurait pu vivre une vie heureuse si elle avait voulu se faire prendre en charge par un médecin compétent et si elle avait voulu se défendre face aux pressions professionnelles inacceptables, ou encore si elle avait souhaité mener une vie sociale un tant soit peu équilibrée. Mais elle ne voulait rien de tout cela.

Bref, les parce que ne me posent pas de problème. Son geste, en revanche, si. Et j’ai beau penser avoir fait le deuil de sa disparition, ma situation est pathologique et dépasse la raison. C’est d’ailleurs l’un de mes problèmes : j’essaye de raisonner mes émotions. Or, mes émotions dépassent ma raison.

Par exemple, dès qu’une personne proche qui doit être là en théorie n’est pas là dans la pratique, mes émotions me poussent à craindre sa mort, alors que la raison me fait trouver d’autres explications. Il n’empêche que la peur m’envahit et que les divers scénarios morbides monopolisent mes pensées.

Natacha, sache que la disparition prématurée d’une personne est toujours une épreuve difficile, en premier lieu pour la famille, et ensuite pour les amis, les collègues et les connaissances. C’est d’autant plus difficile à vivre qu’il s’agit d’un suicide, car outre le fait de s’en vouloir de ne pas avoir su l’empêcher, voire de l’avoir provoqué, de chercher les raisons rationnelles ou non, cela remet en question l’existence elle-même : être ou ne pas être ? Difficile question.


coquelinette a écrit le 28 janvier 2009 à 17:52 :

ralphy

Je ne savais pas pour ta soeur… difficile de trouver des mots après cette lecture…
Courage il faut essayer de reprendre vie, mais je sais qu’il est bien plus facile de donner des conseils que de les appliquer…
Bises


Natacha a écrit le 29 janvier 2009 à 14:03 :

ralphy

ralphy, en gros tu confirmes ce que je disais, laisser des parce que n’aide pas ceux qui restent.

Pour le reste, je vais m’arrêter là. Je me suis trompée en croyant pouvoir apporter quelque chose, mon histoire est trop différente. Je n’interviendrai plus à ce sujet.


ralphy a écrit le 29 janvier 2009 à 19:52 :

ralphy

@Natacha : Le suicide choque, c’est ainsi ; ignorer pourquoi doit certainement être pénible, mais le savoir ne permet pas pour autant aux proches de se sentir mieux.


Natacha a écrit le 30 janvier 2009 à 14:23 :

ralphy

Je sais bien que le suicide choque, et j’ai même ma petite idée sur pourquoi ça choque. Je me demandais juste si, indépendemment de ça, les parce que avaient un effet positif ou pas.

D’ailleurs vu le choc que ça produit, je commence à penser qu’il vaut mieux que je parle pour mon cas d’euthanasie, parce qu’au fond c’est plus proche de ce que j’ai vécu que la plupart des choses que j’ai vues sur le suicide. Au lieu de choquer je vais avoir l’air de troller, c’est peut-être moins pire.


ralphy a écrit le 30 janvier 2009 à 20:46 :

ralphy

@Natacha : Je t’encourage vivement à consulter un médecin au sujet de ton désir — récurrent et de longue date — de disparaître.


Natacha a écrit le 31 janvier 2009 à 14:51 :

ralphy

Tu te trompes. Je n’ai jamais eu de désir de disparaître. Seulement celui d’arrêter de souffrir. Le corps médical sait aussi bien que moi où j’en suis et quelles sont mes perspectives, je n’ai rien à leur dire qu’ils ne sachent pas déjà. La différence entre eux et moi, c’est juste que je n’ai fait aucun serment.


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